Roaccutane.

Le nom à lui seul fait peur.
Et ça, c’est sans même lire la notice et les effets secondaires possibles (si tu es une femme, lectrice, c’est encore pire). Et pourtant, en Mars 2017, je me suis lancée dans un traitement de 8 mois.

Ca, c’est moi actuellement dans ma quête de gels/Crèmes super hydratantes.

Alors qu’est ce que c’est?
Roaccutane, Curacné… C’est la même. Un traitement en comprimés, à dose variable (je suis à 30mg par jour), quotidien… Contre l’acné.
C’est un traitement à l’isotrétinoïne, ou d’après les mots de Google:

 "L'isotrétinoïne est une substance active médicamenteuse utilisée dans le traitement de l'acné. ... Il s'agit de la substance considérée comme la plus efficace contre l'acné, elle est généralement réservée afin de traiter les acnés sévères résistantes aux traitements antibiotiques associés à des topiques pendant 3 mois."

Traduction: BIG SHIT / A ne pas prendre à la légère / « topiques »… je sais pas trop, au début j’ai lu « tropiques », ça faisait tout de suite plus rêver.

Mais avant de parler du traitement en soi, on va remonter dans le temps, histoire de comprendre pourquoi j’ai choisi ce traitement.

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Je n’ai jamais eu énormément d’acné. Je n’ai pas eu une adolescence avec une peau vraiment horrible, une zone T vraiment disgracieuse. Quelques boutons réguliers cependant au niveau du front (peut-être que la frange, à l’époque, n’aidait pas non plus) ou sur le menton. Je ne me maquillais pas non plus beaucoup, je ne saurais même plus dire si je mettais du fond de teint ou pas. A la rigueur, ce qui m’embêtais plus, c’était une peau assez fine -du coup, le fond de teint servait à couvrir mes rougeurs et parfois les quelques spots qui apparaissaient.
Déjà à l’époque pourtant, le regard des autres étaient difficiles, encore pire lorsqu’on a 14 ans et qu’on se compare à ses copines, à la peau nickel.
Puis arrive la première prise de pilule (quel instant magique), où les petits boutons hormonaux, du coup, s’en vont. Les boutons restant sont toujours présents, mais assez petits et supportables (traduction: faciles à cacher avec le fond de teint).

Prépa, ça va encore. De toute façon, c’est pas comme si je sortais, j’avais mon copain de l’époque qui ne faisait plus vraiment la différence entre ma tête de j’ai passé toute la nuit sur ma dissertation de philo et ma tête habituelle, et mon acné n’étaient clairement pas une de mes principales préoccupations. Hum. Et puis, let’s be honest, j’avais oublié toute notion de drague/flirt, voir tout principe de « se sentir belle » ces deux années. Du coup, ma peau allait relativement bien, donc je m’en suis fichue. J’ai arrêté la pilule pour passer à une méthode sans hormones, ce qui m’allait très bien aussi. Je ne parlerai pas dans cet article de la pilule, du poids qu’elle m’a fait prendre ou des battements de coeur super irréguliers qui ont suivi la prise de cette dernière -lol.

Puis l’arrivée en école de commerce. C’est un peu le grand saut dans le vide, où tu te rends compte en fait qu’il y a bien plus intéressant que de passer son temps le nez dans les bouquins… C’est un peu comme si tu sortais d’une période de jeûne et qu’on te tends un McDo : c’est pas le meilleur, mais c’est tellement bon par rapport à avant! Après deux ans de vie à Lille, (attention spoilers), j’ai découvert qu’il y avait autre chose que ma prépa, mon bureau et le musée des Beaux-Arts : Des bars! Ouais, incroyable.
Les sorties, les rencontres, les nouveaux potes, le fait que je me retrouve célibataire… Ca m’a fait me remettre pas mal en question. « Et si je reprenais le sport tiens? » ou encore « Et si je reprenais soin de moi? »
– Attention, j’ai toujours pris soin de moi. C’est un peu la politique des femmes de ma famille. Je n’ai jamais vu ma mère, ma grand-mère… Se négliger. On va juste dire que j’étais plus encouragée en école de commerce. Si je partais, à Faidherbe, en gros sweat et pas maquillée, ç’aurait été… Eh bien, comme tous les autres. Si je débarquais en école de commerce comme ça, j’aurais eu des remarques du genre « Oh, j’en connais une qui a fait la fête hier soir »… héhé non, c’est ma tête sans maquillage, oui j’ai des cernes je sais.

Mais c’est là que tout à changé.
Fin de première année en L3, mon visage commence à changer. Des boutons un peu plus persistants qu’avant. Un peu plus nombreux. Un peu plus persistants. Je me dis que je pars bientôt en voyage humanitaire, que ma peau va prendre de la vitamine C et que deux mois sans maquillage arrangeront le tout – vous imaginez que si c’avait été le cas, je ne vous en parlerais pas aujourd’hui.

Quelques mois passent, et ça ne s’améliore vraiment pas. Deuxième année en école de commerce, je retape ma L3 (quelle idée aussi, de passer d’une prépa littéraire, sans jamais avoir eu aucun cours d’économie, de tout plaquer pour cette école! Evidemment, je ne savais pas ce qu’était une dérivée en arrivant ici, donc parler de gestion et de micro-économie…).
Encore pire, je commence un stage chez Camaïeu : je passe la quasi-totalité de mes journées avec des mannequins (genre, vraiment, je suis au showroom), les make-up artistes, cette période est assez compliquée pour moi physiquement (je me compare énormément, pas bien dans ma peau, j’ai la très bonne idée de me teindre les cheveux en blond -aaaah mon dieu).
Je n’étais plus sous pilule, je vais voir ma médecin: c’est de l’acné hormonal, pas dû à mon alimentation ou manque de sport, elle me prescrit des crèmes locales. Qui ne fonctionnent pas et pire, qui font peler ma peau. Le combo peau sèche + grasse + acnéique + qui pèle est absolument horrible.
Tu ne sais pas quoi faire. Est-ce que je mets juste de la crème hydratante, avec pour risque d’avoir de nouveaux boutons? Est-ce que je mets du fond de teint super couvrant pour cacher la misère, sachant que ça va faire un rendu absolument dégueulasse ? Est-ce que j’essaie de ne rien mettre? Mais non, la dernière option n’est pas possible, parce que ta peau te tire à mort et tu ne supportes pas, tu as honte de ça.

Troisième année d’école de commerce, je passe finalement en M1. En Alternance. Dans une boite de mecs. Je relativise beaucoup: tout le monde est pro, je ne me sens pas jugée -encore moins pour mon apparence- et j’ai retrouvé l’amour. Et ce garçon là (oui, je sais que tu lis l’article) ne me juge clairement pas pour mon acné. Pourtant, hiver 2016, mon acné empire comme jamais. Et là, c’est le combat pour trouver LE fond de teint le plus couvrant de la terre, jusqu’à ce que ma peau dise stop. Grosse crise, une semaine de boulot, ou je pèle d’absolument tout le visage : je te dis pas la peur que j’ai eue en me réveillant le matin comme ça, me promettant de ne plus mettre cette crème « anti-boutons » que ma médecin m’a donnée, en me tartinant d’homéoplasmine. J’en suis limite à la crise de larmes, ça fait déjà plusieurs semaines que, lorsque je vais me coucher, démaquillée à côté de mon copain, j’ai honte, je n’aime pas quand il a sa tête trop près de moi parce que ça veut dire qu’il a la tête près mon acné, que ça me répugne et que je ne veux pas le répugner lui. Même s’il me dit que ce n’est pas le cas.
Cet hiver, c’est la pire poussée que je n’ai jamais eue. Et quand je dis pire poussée, je sais que tout est relatif, et que vous en avez peut-être déjà eu plus que je n’en ai eu à ce moment là. Pour moi, c’était des plaques sur mes tempes et joues, le long de ma mâchoire. Des boutons pas forcément rouges, donc pas forcément super visibles à travers du fond de teint -au moins je pouvais les cacher un peu-, mais sous-cutanée, qui me font mal.

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La prise de conscience ? J’avais déjà entendu parler de Roaccutane. Pour moi, comme sur de nombreux forums, c’était le maaaaaal.
Mais cette fois, je reviens du boulot, je suis assise dans le métro. Et là, je vois une femme d’une bonne trentaine d’année, assise en face de moi. Elle a autant de boutons que moi.

Ma première pensée est « Je n’oserai jamais me balader sans fond de teint si j’étais elle »
Ma deuxième « Purée, c’est quand même chaud ça. Je n’oserais jamais. J’aimerais tellement pouvoir me lever le matin et aller bosser avec juste un peu de mascara. »
Ma troisième « Je peux pas continuer comme ça ».

Et c’était parti.
Deux semaines plus tard, ma maman se sacrifie et me laisse son créneau chez son dermatologue, il me dit que mon acné est plutôt sévère, qu’il faudra huit mois de traitement.

D’ici là (coucou les filles qui y sont passées aussi), c’est engagement de prendre une contraception efficace pendant tout le traitement (je n’ose même pas vous raconter ce que j’ai lu dans le livret d’informations), avec pour retirer la prescription/médicament chaque mois, la preuve que je ne suis pas enceinte (tu l’as compris, ça veut dire une prise de sang par mois : Yes! Toujours pas enceinte).
Deuxième inconvénient : TOUS.LES.JOURS. Deux capsules tous les jours pendant huit mois. Yes c’est long, mais bon c’est comme la pilule: on prend l’habitude.
Troisième inconvénient : sécheresse cutanée bonjour! Le traitement -j’avoue ne pas savoir exactement ce qu’il fait- a tout séché : mes cheveux (je me lavais les cheveux tous les deux jours, maintenant ils peuvent rester sans lavage pendant trois à quatre -mais pas sans après-shampooing); mes lèvres (alors là, c’est tartine de baume à lèvres non stop, night and day) et mes bras (le soleil de San Diego a laissé mes bras/dos version dalmatien, j’ai plein de petits spots de sècheresse derrière les bras. Ce n’est pas grand chose, mais c’est pas super agréable non plus.

L’effet secondaire qui fait surtout parler de lui?
Ce médicament aurait tendance à rendre les personnes le prenant dépressives, avec des sautes d’humeur; ou chez les personnes déjà dépressives, pourrait les conduire à « passer à l’acte » (et on parle pas de faire l’amour, là).
Est-ce que j’ai senti cet effet? Pas vraiment. Je suis peut-être un peu plus susceptible (J’AI DIT PEUT-ÊTRE OK?!), mais je n’ai pas eu d’épisode de tristesse particulière dû au médicament (ou en tout cas sans raison particulière).

L’efficacité?
Au début, je m’attendais à une recrudescence de boutons dans les deux premières semaines : elle n’est pas vraiment venue, c’était déjà assez moche comme ça. Cependant, c’est vraiment au bout de deux mois que j’ai commencé à voir de nets changements. Wow. Ca faisait du bien! J’avais encore quelques boutons par ci, par là, mais rien en comparaison par rapport à avant. Clairement, le ratio effets secondaires/efficacité est pour moi super bon. Est-ce que si c’était à refaire, je le referai? Ah, mais je l’aurais même fait beaucoup plus tôt!

C’est un peu comme quand tu te fais poser un appareil dentaire. Sur le coup tu détestes ça, et une fois fini, tu te détestes de ne pas l’avoir fait plus tôt vu le joli résultat que ça fait.

Je peux enfin sortir non maquillée. J’ai abandonné le fond de teint, la BB Crème etc. Je peux passer la journée non maquillée sans me sentir horrible. Je n’ai pas honte que mon copain, que mes amis me voient comme ça. Ca fait tellement de bien! Soupir de soulagement.

Et puis j’ai commencé à en parler autour de moi. Mes ami(e)s m’ont complimenté sur ma peau. Ca m’a fait me sentir encore mieux. D’autres ami(e)s m’ont dit avoir fait ce traitement aussi quand ils étaient plus jeunes, ils m’ont rassuré, donné des conseils, encouragé. Et au final, alors que je n’osais en parler à personne… C’est un, deux, presque dix personnes autour de moi qui m’ont dit que, eux aussi avaient eu ce traitement. Et d’autres qui m’ont dit qu’ils en avaient entendu parler, qu’ils n’avaient pas osé le faire, mais qu’après les résultats qu’ils avaient vus sur moi, ils allaient le reconsidérer.

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Yes, cette fille sur la photo n’as pas de fond de teint, et n’est pas passée via photoshop pour camoufler ses boutons.

Je ne cherche pas ici à faire la publicité de ce médicament -qui en reste un, avec de sérieux effets secondaires; mais plus à vous faire tirer des leçons là-dessus.
Ou comment un désavantage physique peut vous rendre mal, à vos yeux et aux yeux des autres. Je ne parle pas dans cet article de ceux qui se moquaient de moi pour mon acné, ils ne méritent pas d’être mentionnés. Au contraire, à quel point le soutient de vos proches, de vos amis, vous aide à aller de l’avant. ce combat contre l’acné, je ne l’ai pas mené seule. C’est derrière ça, des années de pleurs consolés par ma famille, lorsqu’ils essayaient avec moi de trouver des solutions. C’est du mal-être, même si ça reste physique, parce que tu sais (ou tu crois savoir, à tord), que les gens te jugent d’abord parce qu’ils voient de toi -et dans ce cas là, ton visage est ce qu’ils voient en premier lieu. Le principal, ce que j’aimerais qu’en lisant ces derniers mots, c’est que tu réalises que tu n’es pas seul.

Rosalie

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3 commentaires sur « Roaccutane. »

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