Laura, 23 ans.

J’ai 23 ans. Je fais partie de la Génération Y, à sa fin, ou bien au tout début de la Génération Z. Une génération digital native, tout le temps connectée, qui ne vit -soit disant- ses relations que via des applications, qui est socialement déconnectée; qui est flemmarde et absolument contre les valeurs traditionnelles, de l’entreprise également.

 

Je suis née fille, devenue femme, une parmi d’autres et pourtant aussi complètement différente. Je partage avec celles qui pourraient être mes soeurs, des éclats de rire, des éclats de colère. Des clichés et des incompréhensions. Ce que j’écris ici peut s’appliquer à toutes comme à aucune.

Je suis une fille de 23 ans, qui a vécu avec une mère célibataire, célibattante pour sûr. Sans modèle masculin présent au quotidien, ne serait-ce mon grand-père. Tous des modèles ou anti-modèles pour moi, qui me font dire aujourd’hui que j’ai une petite idée de ce que je veux, et de ce que je ne veux pas dans ma vie. Dans une famille où les femmes sont fortes, savent ce qu’elles veulent et élèvent la voix pour l’avoir, pas pour le demander.
J’ai grandi en jouant aux barbies, avec mes peluches, seule dans ma chambre, sans pourtant jamais m’ennuyer. En écrivant aussi, dès que j’ai su, en m’inventant des histoires et en les racontant parfois. J’ai appris que la solitude n’est pas à bannir, qu’elle peut être au contraire une force. Et que cette force me permet aujourd’hui de préférer rester seule que mal accompagnée. Que ma meilleure amie, c’était moi. Que dans tous les cas, ma deuxième meilleure amie, c’était ma maman. Parce que le sang est en effet plus épais que l’eau. Ou la bière.

J’ai grandi en réalisant qu’avec les autres filles, c’est la guerre. Qu’il y a une compétition incroyable à « qui sera la plus belle », « qui sera la plus gentille ». Rarement, ce fut « qui sera la plus intelligente ». Dès mes quatre ans, même si ma mère était pressée en m’amenant chez la nourrice, je pouvais lui dire « mais maman, je ne peux pas mettre ces chaussures là, ça ne va pas avec ma robe ». Le soin à l’apparence poussé à l’extrême, et ce dès les premières années.
Une adolescence difficile aussi, où il fallait être la plus parfaite possible : paraître comme l’amie, la fille idéale. A se forger lentement une jolie carapace, au dessus d’un corps très mince et une peau parfaite. Les bonnes notes, forcément, ça c’est pour que la famille soit fière de moi, parce que c’est normal d’avoir de bonnes notes, et parce que je ne veux pas non plus décevoir mes professeurs.

J’ai grandi en apprenant à me barricader, à ne demander aucune aide extérieure, et encore aujourd’hui j’ai du mal à parler. Tu apprends à te barricader contre les reproches, les déceptions amicales, les premiers mots blessants dans la rue de la part des garçons. Tu comprends qu’il faut serrer les dents, que tu dois mettre un pied devant l’autre sans forcément savoir où tu vas, mais que la société décide certaines choses pour toi, et que c’est comme ça.

J’ai grandi avec des femmes qui faisaient extrêmement attention à elles, chose que je fais encore aujourd’hui. Mais en grandissant, tu comprends certaines choses. Tu apprends que se refermer sur soi n’est pas le bon moyen, qu’il y a beaucoup plus à apprendre, à faire, à partager, à vivre si enfin tu oses ouvrir ta bouche, savoir dire oui ou dire non plus souvent.

 

Aujourd’hui, je suis une fille de 23 ans qui n’a plus peur. Qui a certes des doutes, mais qui avance d’un pas assuré vers ce qu’elle veut. Elle ne sait pas forcément ce qu’elle veut, mais elle sait au moins ce qu’elle ne veut pas.
Elle a compris que les hommes, même ceux qui lui disent dans la rue qu’elle est « bonne » ne sont pas l’ennemi; que les autres filles ne le sont pas non plus. Que c’est juste la petite voix misogyne, sexiste, dans leur tête, qui est l’ennemi. Parce qu’elle est inacceptable.

J’ai envie de pouvoir me maquiller autant que je veux sans avoir de réflexion, ou de ne pas me maquiller et de ne pas en avoir non plus. Que mon copain ne s’insurge pas si mes jambes ne sont pas épilées. Je veux pouvoir me balader en jupe dans la rue à n’importe quelle heure de la journée, et ne pas avoir de réflexion. Si je sors avec une fille, qu’il n’y ait aucune différence avec « si c’était un garçon »; et si mon pote sort avec un garçon, qu’il n’en soit pas inquiété pour autant. Pouvoir rentrer après la tombée de la nuit dans devoir téléphoner à un/une pote dans la rue parce que je ne me sens pas en sécurité. Je veux que les hommes arrêtent de prendre un air supérieur, lorsque je suis énervée, qu’ils arrêtent de dire « elle doit avoir ses règles ».
Je veux être complètement à l’aise avec mon corps, et je veux que les autres femmes le soient aussi (si t’as envie de manger ce gâteau, mange le bon sang! Tu seras très bien avec deux kilos en moins ou deux kilos en plus!). Si je ne cherche pas de dieu du stade, parce que je considère qu’il y a plus important que ça dans une relation, ne cherche pas non plus à tomber sur un ange de Victoria Secret.
Parce que je suis autant capable qu’un homme, et qu’il me semble devoir faire deux fois plus d’efforts  pour arriver au même point. Parce que je ne supporte pas, lorsque je parle à un homme plus âgé, qu’il ne me tienne pas en considération parce que je suis « jeune » et parce que je suis une « femme ». C’est simplement dégeulasse.
Je refuse d’être catégorisée en tant que « mignonne » ou « sexy » ou « mystérieuse » ou « chiante ». Parce que ça ne suffit pas à décrire une femme. On est pas compliquées, on a plusieurs facettes. Comme tout le monde.

Aujourd’hui, j’ai appris que se serrer les coudes est la meilleure des options. Avec ma famille, avec mes amis, avec moi-même. Savoir que, quoi qu’il se passe, tu en es capable, même si tu es persuadé(e) du contraire.
Il t’es déjà arrivé, à un moment précis (tu l’as en tête là?) d’avoir l’impression que le temps s’arrête, et tu te demandes « Qu’est ce que je vais faire maintenant? » ? Tu ne sais pas comment tu vas pouvoir te lever ce matin? La mauvaise nouvelle, c’est que ça va pas être facile. La bonne, c’est que tu en es capable.

 

J’ai appris que la distance n’est rien. Que les amis, les vrais, ne se comptent pas en nombre de bières à la semaine au bar du coin, mais sont ceux à qui tu parles une fois tous les six mois, et avec qui rien ne change. A l’autre bout du monde, au bout de la rue, ça ne veut rien dire. Que la famille que je ne vois que tous les deux mois, ou certains moins d’une fois par an, peut toujours compter sur moi. Et que eux savent, que même si je suis un loup solitaire, ils sont ma meute.

J’ai 23 ans, et comme tous les jeunes de mon âge, ou plus vieux, j’ai des rêves que je ne lâcherai pour rien au monde. Qu’il y aura des obstacles, mais que je ne lâcherai rien, quitte à tout devoir plaquer. Parce que ma génération à la bougeotte, qu’il s’agisse d’une entreprise ou d’un voyage.
Nous avons des valeurs, nous avons un fort caractère mais un besoin irrépressible d’être rassurés. Notre reconnaissance, notre fidélité à l’entreprise se solidifiera à condition que votre engagement soit à la mesure du notre, que nos responsabilités dépassent le stade « café ».
Faites-nous confiance. Nous vous faisons peur parce que nous sommes différents, et c’est tout à fait normal. Comme vous avez fait peur à la génération d’avant vous. Nous sommes fonceurs, entrepreneurs, nous avons le feu de la jeunesse en nous, et nombre d’échecs et de réussites devant nous.

 

Si nous sommes changeants, c’est que le monde change avec nous. C’est que nous ne savons pas exactement comment tu, comment nous allons réussir, mais nous essayons. Vous êtes passés par là aussi.

Une fille aujourd’hui, c’est ça. Alors soit, j’ai des envies qui sont celles de tous, hommes ou femmes, jeunes ou moins jeunes. Et pourtant, c’est si difficile de s’entendre, de se parler et de se comprendre les uns les autres. A cause de la société, des a priori ? Je pense qu’il s’agit juste d’un manque de communication.

C’est pour cela que, à la suite de cet article, j’en ferai d’autres, d’autres femmes ou hommes. C’est quoi une femme de cinquante ans, une femme de soixante-dix ans? Et les hommes là-dedans?

Et toi, lectrice de 20-et des années… Tu es comment aujourd’hui, qu’est ce que tu veux?

Rosalie

wolf

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5 commentaires sur « Laura, 23 ans. »

  1. Très bon article qui décrit la jeunesse, mais décrit-elle uniquement la notre ? je ne pense pas qu’il soit question de génération Y, Z, X ou ne sais-je…
    Nos parents, à nos âges, nos grands-parents, à nos âges, nos arrières-gr… bref nos ancêtres avaient sûrement ces mêmes aspirations : plus de libertés, plus de droits, plus de reconnaissance moins de jugements portés par « la société »,…
    Là tu vas certainement me dire : « attends mais ces aspirations étaient en général semblables mais en réalité très différentes !! », et tu auras raison.

    En fait, la différence entre l’époque où nos ancêtres étaient jeunes et notre époque c’était « la société » : cette dernière a changée mais l’écart entre les jeunes et « la société » est finalement resté le même.
    Transposons et prenons l’exemple d’un coureur de 100 m en 1980 :
    Son aspiration majeure ? : battre le record du monde
    Le record du monde ? : 10,5s
    0,5s ? : ce qui lui manque pour battre ce record
    Et celui d’un coureur des années 2010
    Son aspiration majeure ? : battre le record du monde
    Le record du monde ? : 9,5s
    0,5s ? : ce qui lui manque pour battre ce record

    Rien n’a changé sauf le record du monde, symbole d’une société qui s’améliore, mais où les aspirations relatives restent les mêmes !

    T’en penses quoi ? : )

    Aimé par 1 personne

    1. Hello Loulou!
      Je ne vais pas répondre que leurs aspirations étaient différentes, je ne pense pas qu’elles l’étaient 🙂 Je pense que la jeunesse d’aujourd’hui est en de très nombreux points la même qu’il y a 50, 60 ans… Le seul changement, c’est que la société a un peu changé depuis, notamment avec les réseaux sociaux.
      La différence majeure? Plus de possibilités, d’autres horizons à découvrir plus facilement. Notre voix a plus facilement plus de répercussion, il suffit de voir le #MeToo ou #BalanceTonPorc.

      Je pense que le principal, c’est de montrer aux générations précédentes ou au futures que, tous à un moment, nous avons les mêmes envies. Que nous ne sommes pas si différents finalement, et que si nous échangeons, tout se fera beaucoup plus facilement 😉

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