California Dreamin’

« I will love you in memories, and the memories will be many. »
– Tyler Knott Gregson, Wildly into the dark.

San Diego, Juin 2017.
Je t’aimerai à travers mes souvenirs, et ils seront nombreux.

Je vois les palmiers, le drapeau américain flotte au-dessus de ma tête, le ciel bleu sans nuages et les falaises. J’emprunte les larges routes, suivant les pancartes vertes du regard, guettant les tags plus artistiques les uns que les autres sur les murs de la ville. J’arpente les boulevards bordés de cocotiers, m’indiquant la voie à suivre. La plage au bout de Saratoga Street, l’avancée jusqu’au Pacifique, les cabines crème et les surfs posés sur la plage. Les chiens en liberté à Dog’s Beach, les rires, Coco et sa petite fleur au collier, et Freckles s’attaquant aux huskies.

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Je vois les falaises de Sunset Cliffs, les petits crabes se cachant dans les rochers, la chasse aux coquillages. L’Hollywood Sign, le gigantesque T-rex du McDonald, les skaters de Venice Beach, les torses nus de Muscle Beach, les couleurs rivalisant avec le ciel et les vagues.

Le flou lumineux et coloré de la fête foraine, nos joues bleutées, nos bras armés d’une centaine de peluches douces et souriantes, malgré les affreux cornichons au bacon. Belmont Park et ses montagnes russes, une balade autour de Mission Beach. Balboa Park, ses lumières de nuit, et le musée du cannibalisme. Les mercredis au marché fermier d’OB.

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Je frémis à l’approche de ma première vague, l’océan m’attrape par les hanches et ne me laisse plus partir. L’oubli de la wax. Les raies pastenagues américaines à mes pieds. Les vagues du siècle coiffent mes cheveux de vagues blondes. Je frissonne sous l’aiguille, sous la sensation de l’eau fraîche remplissant les manches de ma combinaison de surf par les vagues, ces vagues qui tour à tour me poussent plus loin vers l’étendue, plus proche du rivage. La tête sous l’eau, j’ai bu la tasse, mais je suis (presque) devenue une surfer professionnelle.  Le vent sur mes bras encore mouillés, la chair de poule et le coeur qui se bat plus fort en attendant le « Green Flash », puis en y goûtant.

La gorge qui se serre en admirant le coucher de soleil aux couleurs d’une barbe à papa à Ocean Beach, essayant de capturer l’instant, la chaleur du soleil et l’odeur de la brume marine. C’est peut-être ça, le but ultime. The purpose of life.

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J’ai le vertige sur le pont suspendu, j’ai le vertige en entendant résonner dans mes côtes les clameurs des supporters des Padres de San Diego. J’ai le vertige sur la planche de paddle en remarquant les otaries à mes pieds, les écureuils des sables, les bébés mouettes prenant leur premier envol. J’ai la tête qui tourne à Seaport Village, rêveuse parmi les mares aux canards et les lumières.

J’appréhende parfois, le matin, lorsque je me réveille seule et sais que je suis tout à fait solo. L’adrénaline monte et je me sens forte, libre, capable de tout.
Eblouie par les lumières de San Diego la nuit au Hyatt, le malaise d’être en jogging/baskets quand il s’agissait d’être sur son 31.
En contemplant l’ampleur du dégât, coup de soleil à Windansea Beach et La Jolla.

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Je goûte un Slim Jim, enroulée dans mon plaid, à l’arrière d’une voiture, les jambes dans le vide, regardant Wonder Woman (pew, pew, pew) sur un écran à l’air libre. Du popcorn sauce salsa piquante en attendant la balle de match. Des macaronis au fromage beaucoup trop copieux. Les meilleurs Taco au monde. Réveillée par une odeur de café frais. Un baume à lèvres à la menthe poivrée, et un chewing-gum à la cannelle.

J’entends le lit grincer, et au dessus les avions qui me rappellent que je devrais en prendre un bientôt, moi aussi. Les aboiements protecteurs de Freckles devant la maison, et ses morsures si quelqu’un ose s’approcher de trop près.

Je souris devant la Kissing Statue, le long du port. Je ris en parcourant les histoires de mon cowboy, en échangeant avec mes conducteurs Uber, à la soirée bingo avec les Drag Queens. Je n’aurais jamais pensé glisser un billet d’un dollar dans le string d’un monsieur.

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Je pleure le retour, un dernier au-revoir et je cours entre les avions. L’esprit agité, ne pas y penser, les tasses pour agrandir la collection dans le sac -qui sera fouillé, les nerfs qui lâchent avec la fatigue entre colère et éclats de rire.

L’incompréhension une fois revenu(e) à la maison, lorsque ce que tu appelles « la maison » ne l’est plus. Lorsque tu ne sais pas trop où tu es, si tu es vraiment parti(e) ou si ce n’était qu’un rêve?
Le lendemain, le surlendemain, se réveiller avec l’impression d’avoir fait une erreur en reprenant l’avion pour rentrer.
Se promettre d’y retourner. Regretter d’avoir des responsabilités, attendre avec hâte de pouvoir les déléguer. Être tiraillé(e) entre l’amour qu’on porte aux gens qui sont ici, tout en sachant que son coeur est resté là-bas. Se rendre compte qu’on est tombé(e) amoureux(se) de la ville.
Ne pas arrêter d’y penser, de se remémorer chaque moment. Calculer les heures de décalage, se demander ce qu’on ferait si on y était. Planifier, ne pas rompre le contact, même si la raison nous pousse à en faire le deuil. Et au contraire, favoriser tout ce qui peut nous y faire penser et y revenir l’équivalent de quelques minutes, lorsque le cerveau se mets en pause et accepte de profiter et de s’émerveiller autant que lorsqu’il était là-bas.
On dit qu’un voyage se vit trois fois: en le projetant, en le vivant, et en se le remémorant. J’ai aimé, j’aime, et je projette. Au passé, au présent et au futur.

Je t’aimerai à travers mes souvenirs, et ils seront nombreux.
A travers ceux déjà faits, et ceux à venir.

PS: Pour ceux et celles en mal de voyage, les photos sont toutes (ou presque), sur mon compte Instagram! Lien en bas du site ou dans la partie « contact ».

Rosalie

wolf

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London Calling

C’est l’histoire d’une surprise.

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Une surprise où on part en famille, à Londres, au lieu de rester à Lille. Une histoire à la bande originale bien rock, aux klaxons des taxis noirs et de la musique d’arrivée à St Pancras. Le cri strident des ambulances, les accents incompréhensibles et les fous rires de fatigue.

Les rues où se mélangent les odeurs de fast food et de café, emportés à la va-vite par des londoniens en hâte. Les parfums indiens des échopes se mêlent à la poussière, au bitume encore chaud des pas brûlants des touristes. Les nouilles thaïlandaises, des frites à la feta, épicées de chez Five Guys, ou la cure de cafés Starbucks.

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Entre un hôtel très artistique, une ribambelle de Toyota Prius, des bus à étages et un attentat. En avoir plein les mirettes, et l’inquiétude des proches au réveil. Etre dans une si belle ville, et en voir l’envers, l’affreux. L’incompréhension.

C’est l’histoire de longues marches, arpentant Camden Market et la City, sous le nez de Big Ben. Une prise de hauteur dans le London Eye, dans le bus après la course entre deux couleurs, et un retour aux bases d’un week-end improvisé avec ses proches.

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On se presse, on prend le temps d’admirer la vue, et puis ça repart de plus belle. La complicité des moments à deux, à trois, à quatre, et les soupirs de fatigue.

Et puis le retour, rapide, et l’impression d’avoir vécu un rêve éveillé de 48 heures seulement. Pour se préparer au prochain voyage.

Rosalie

wolf

Cambodge

La chaleur est écrasante. Mon corps entier n’est que piqûres de moustiques, le soleil m’a laissé deux traces de tongs. Les hurlements tardifs à cause d’araignées velues. C’est le plus bel été de ma vie.

Les sourires de Kah, les câlins de Rotha, les clins d’oeils de Vom, la voix chantante de Yann. Je les aime, avec mon coeur, avec mes éclats de rire. Les parties de football après manger, les boums au son répétitif de “local loca local”, les soirées étoilées avec les garçons. Un, deux, trois, pouce chinois. Phkaï sat. Les étoiles sont belles.

Les enfants jouent sous le kiosque, d’autres se lavent en tirant de l’eau du puits. J’ai des enfants qui m’aiment et que j’aime à l’autre bout du monde.

Les temples de Preah Vihear, les grosses bouées du lac, la déception de Ruth. Le truck a bestiaux aux cent enfants. Le chien gargouille, “see you again”. La fête foraine et le concert aux lapins, pluie de mousson, main dans la main de Vasnea. “I miss you all day everyday.” Moi aussi, je vous aime, si vous saviez. Viens dans mes bras, serres-y toi encore plus, pendant que j’embrasse tes deux petites joues qui se tendent, et que je caresse tes cheveux de petit hérisson. Que tu déposes tes lèvres, gauches, sur la joue et mon front, sans faire le petit bruit du “smack”.

Je t’envoie une bouteille d’eau, tu me renvoies un seau. Les glaces à la musique de Pocahontas, 500 riels, dans un morceau de pain, sous du lait concentré. Oh boy. Les hamacs avec les chats, les fils pour les bracelets, ces fameux xaé.

Et la nuit, le lit dur presque sans matelas, aux motifs de lapin. La moustiquaire bleue. Les ventilateurs pour deux. La douche à la casserole. Le vernis écaillé, achevé par les petits doigts des enfants. Toke, Toke, Toke…

Srai Vai Mou est aussi Srai Vai Kone, mangeuse d’enfants en chatouilles et en bisous.

Vous ne me quitterez jamais, pro sat et srai sat. Je vous garde en  moi comme un petit soleil chaud, humide et souriant au fond de mon cœur. Une Phka Phleung dans mon cœur, étincelle sur mes côtes, dans vos yeux, poussée vers l’action, élan de vie.

Rosalie
wolf

Canada

Je me souviens du froid, les rues longues enneigées, l’odeur des fasts-foods. Quatre petites têtes françaises, sous leurs capuches et leurs écharpes. Les huit heures d’avion, l’arrivée à Montréal et les bus glacés où on captait le wifi.

Pas de repos pour les braves, valises déposées à l’auberge de jeunesse si chaleureuse. Tableaux color-block de buddha, aux grosses tartines de Peanut Butter et aux nombreux cafés. Les Starbucks, les sucettes à l’érable dans la glace, les saucisses et chamallows au-dessus du feu. Les lits superposés, la chaleur de la douche après une journée glaciale.

Emmitouflés tels des yétis, la nuit dans un chalet non chauffé dans une forêt, à 50km hors de la ville. Trois rivières. La journée chiens de traîneaux… Et le réveil à -40°C. La soupe chaude le midi, les saumons gelés pour les chiens, l’impression de voler…et les chutes dans les virages.

Faire du patin dans une forêt sur 12km ? Easy. Les prises d’accélération, les joues rouges et le bout du nez froid. Suivis par des petits bonbons à l’érable et d’une poutine. Le vent qui déroule ses cheveux de glace dans les arbres, les petites ampoules dorées le long du chemin, et les nuages de fumée s’échappant de nos bouches. La vie comme un tourbillon, une chute, suivie d’éclats de rire.

Retour dans la voiture de location, retour sur les routes immenses et vides, et le coucher de soleil au loin. Images vues et revues et pourtant, en vrai, à couper le souffle. Nostalgie, mélancolie, confort d’être au chaud quand dehors il fait froid.

Ballade dans les rues, Montréal, Québec, Trois rivières. Des visites, des ciels magnifiques, les statues et les chambres de glace. Art, rires, et toujours plus de fast foods. Garou dans un resto, mais pas de Céline. La motoneige, derrière Olivier et Maxime, les bosses, les accélérations et le froid persistant.

Fatigués, mais tellement heureux.

Rosalie
wolf