Paroles féminines-istes

A voir, à lire, à réfléchir.
Que tu sois au boulot, ou en cours (courage à tous ceux qui ont/vont/sont en train de passer leurs partiels de fin d’année !), voici une liste de livres à dévorer, de série à watch-binger, pour une petite pause culturelle et une grande remise en cause. Des femmes qui parlent, qui s’expriment, qui remettent en cause la société et leur vision d’elles-mêmes. C’est parti !

A voir

The handmaid’s Tale

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Gros coup de coeur de cette année! La servante écarlate de son nom français, c’est à la abse un roman de science fiction de Margaret Atwood, adaptée en série en avril 2017 (pas encore sur Netflix -pleurs).
L’ambiance? Un futur peut-être proche, apocalyptique, où unesecte religieuse a prit le pouvoir aux USA, et où les femmes « fertiles » sont en disparition. Les dernières femmes pouvant encore mettre au monde des enfants sont kidnappées, entraînées de force à devenir des bêtes reproductrices. Les autres femmes ? Les Epouses, seules femmes ayant « du pouvoir », et les Marthas, qui s’occupent de la maison. Toutes les autres femmes (trop âgées, infertiles…) sont déportées dans deds Colonies où elles manipulent les déchets toxiques. Le personnage principal, June -renommée Defred, est une de ces servantes, arrachée à son mari et à son enfant Moira. La seule façon de survivre? Ses souvenirs, et sa furie de vivre.

Je l’ai aimée parce que, malgré son aspect « science-fiction », un peu à la façon Black Mirror, c’est une série qui fait froid dans le dos. Ce serait malheureusement tellement possible… Que les droits des femmes soient reniés à ce point, sous la pression ambiante… Je ne spoile pas plus, promis !

– The Crown

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The Crown, c’est la série Netflix sur la vie d’Elisabeth II, reine du Royaume Uni, depuis son mariage en 1947 jusqu’aujourd’hui. Pour l’instant, deux saisons sont sorties, six sont prévues, chacune couvrant une décennie du règne d’Elisabeth. La première saison présente surtout son mariage, son arrivée au trône, ses premières années en tant que reine et ses relations avec le monde politique et tout le protocole auquel elle se confrond.

J’ai particulièrement aimé cette série parce qu’elle présente la reine en tant que souveraine, femme, épouse, mère, sœur… et les déchirements auxquels elle fait face lorsque ces différents rôles s’entrechoquent. La sœur de la reine, Margaret, a également un rôle fort !

– Captive 

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Captive, c’est l’autre série basée sur un des livres de Margaret Atwood que j’ai découverte cette année. Un récit historique fascinant, perturbant, qui prend place dans le Canada du XIXe sicèle. Simon Jordan, médecin américain, tente de savoir si Grace Marks (une servante condamnée à mort pour avoir tué son maître et une gouvernante) devrait être graciée ou pas.
Cette mini série montre la vie d’une immigrée, entre la mort de sa mère, la violence de son père, son départ de la maison, les conditions de travail et d’enfermement de l’époque… Mais c’est surtout une belle histoire d’amitié, une condition de femme difficile, et un thriller haletant sur la condition de Grace : est-elle folle, manipulatrice, ou bien réellement innocente?
La narration de Grace, les costumes et décors, un mélange de clair-obscur tout bonnement addictif !
Sans spoiler : la fin m’a complètement retournée ! Que/qui croire?

A lire

Milk & Honey  et  The sun & her flowers  ; Rupi Kaur

Le premier livre de Rupi Kaur est Milk and Honey. Forcément, tu l’as vu passer sur Pinterest ou Instagram. Il s’agit d’une collection de poésie, de prose, et d’illustrations… le tout par cette poète et écrivaine féministe canadienne ! D’abord Instapoet, ses écrits sont principalement des textes très courts, durs et marquants, sur quatre chapitres différents :  “the hurting”, “the loving”, “the breaking” et “the healing” (c’est à dire « La douleur », « l’amour », « la rupture » et « la guérison »). Peines de cœur, mais aussi relation à soi, confiance, regards des autres, société… Attention, certains poèmes traitent même de viol. Pas forcément facile à lire, mais nécessaire.
Ce premier livre a atterri à la seconde place des best-sellers en poésie sur Amazon, et  dans la liste des best-sellers du New York Times pendant 25 semaines à la suite… tranquillement.
The Sun and her flowers continue sur la même lancée,  avec des chapitres différents « wilting », « falling », « rooting », « rising », et « blooming », soit  « flétrissement », »chute », « enracinement », « s’élever » et « floraison ». Un livre un tout petit peu plus gai que celui d’avant, qui célèbre l’amour sous toutes ses formes, des poèmes qui dirigent le lecteur dans un processus de croissance et de guérison.
A lire et relire sans modération !

King Kong Theory, Despente

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Un magnifique essai de Véronique Despente où elle parle de la prostitution, du traumatisme lié au viol et où elle explore les milieux et pratiques pornographiques. Dans ce texte, elle s’ interroge sur la sexualité féminine et la définition  du Féminin. Son éditeur la présente comme « un manifeste pour un nouveau féminisme », dessinant un constat du féminin aujourd’hui et en imaginant le terme au futur.
Une lecture difficile qui vaut le coup !

Beauté Fatale, Mona Chollet

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Un essai dénonçant une idéologie qui enferme les femmes dans des rôles seconds et les empêchant de véritablement s’émanciper… C’est Beauté Fatale de Mona Chollet ! Même si la mode et la beauté ne sont pas les « pires » aliénations qu’une femme peut subir, elles sont bien présentes en arrière plan, comme l’auteur nous le répond dès le début avec ce paragraphe résumant bien ce livre :

« Les conséquences de cette aliénation sont loin de se limiter à une perte de temps, d’argent et d’énergie. La peur de ne pas plaire, de ne pas correspondre aux attentes, la soumission aux jugements extérieurs (…) traduisent et amplifient tout à la fois une insécurité psychique et une auto dévalorisation qui étendent leurs effets à tous les domaines de la vie des femmes. Elles les amènent à tout accepter de leur entourage ; à faire passer leur propre bien-être, leurs intérêts, leur ressenti après ceux des autres ; à toujours se sentir coupables de quelque-chose ; à s’adapter à tout prix, au lieu de fixer leurs propres règles ; à ne pas savoir exister autrement que par la séduction, se condamnant ainsi à un état de subordination permanente ; à se mettre au service de figures masculines admirées, au lieu de poursuivre leurs propres buts. »

Une conception de la beauté qui va bien plus loin que l’attrait de la mode, donc. Dans ce livre, une jolie satire de la presse féminine, entre pubs minceurs et « acceptez ces kilos en trop! », ou au contraire « Les cinq régimes de l’été » et une pub pour du chocolat à la page suivante. Un état double, bipolaire, que l’auteur mets en avant. A lire au moins une fois pour se remettre les idées en place !

Petit bonus…

Des Podcast à écouter!

La poudre, Lauren Bastide
Les podcast Madmoizelle 
Women of the hour, Lena Dunham

Et toi, des recommandations de livres ou de séries/films à me proposer sur le même thème? 🙂

Si tu ne l’a pas encore lu, mon article sur mon point de vue de jeune fille de 23 ans est ici !

Rosalie

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Laura, 23 ans.

J’ai 23 ans. Je fais partie de la Génération Y, à sa fin, ou bien au tout début de la Génération Z. Une génération digital native, tout le temps connectée, qui ne vit -soit disant- ses relations que via des applications, qui est socialement déconnectée; qui est flemmarde et absolument contre les valeurs traditionnelles, de l’entreprise également.

 

Je suis née fille, devenue femme, une parmi d’autres et pourtant aussi complètement différente. Je partage avec celles qui pourraient être mes soeurs, des éclats de rire, des éclats de colère. Des clichés et des incompréhensions. Ce que j’écris ici peut s’appliquer à toutes comme à aucune.

Je suis une fille de 23 ans, qui a vécu avec une mère célibataire, célibattante pour sûr. Sans modèle masculin présent au quotidien, ne serait-ce mon grand-père. Tous des modèles ou anti-modèles pour moi, qui me font dire aujourd’hui que j’ai une petite idée de ce que je veux, et de ce que je ne veux pas dans ma vie. Dans une famille où les femmes sont fortes, savent ce qu’elles veulent et élèvent la voix pour l’avoir, pas pour le demander.
J’ai grandi en jouant aux barbies, avec mes peluches, seule dans ma chambre, sans pourtant jamais m’ennuyer. En écrivant aussi, dès que j’ai su, en m’inventant des histoires et en les racontant parfois. J’ai appris que la solitude n’est pas à bannir, qu’elle peut être au contraire une force. Et que cette force me permet aujourd’hui de préférer rester seule que mal accompagnée. Que ma meilleure amie, c’était moi. Que dans tous les cas, ma deuxième meilleure amie, c’était ma maman. Parce que le sang est en effet plus épais que l’eau. Ou la bière.

J’ai grandi en réalisant qu’avec les autres filles, c’est la guerre. Qu’il y a une compétition incroyable à « qui sera la plus belle », « qui sera la plus gentille ». Rarement, ce fut « qui sera la plus intelligente ». Dès mes quatre ans, même si ma mère était pressée en m’amenant chez la nourrice, je pouvais lui dire « mais maman, je ne peux pas mettre ces chaussures là, ça ne va pas avec ma robe ». Le soin à l’apparence poussé à l’extrême, et ce dès les premières années.
Une adolescence difficile aussi, où il fallait être la plus parfaite possible : paraître comme l’amie, la fille idéale. A se forger lentement une jolie carapace, au dessus d’un corps très mince et une peau parfaite. Les bonnes notes, forcément, ça c’est pour que la famille soit fière de moi, parce que c’est normal d’avoir de bonnes notes, et parce que je ne veux pas non plus décevoir mes professeurs.

J’ai grandi en apprenant à me barricader, à ne demander aucune aide extérieure, et encore aujourd’hui j’ai du mal à parler. Tu apprends à te barricader contre les reproches, les déceptions amicales, les premiers mots blessants dans la rue de la part des garçons. Tu comprends qu’il faut serrer les dents, que tu dois mettre un pied devant l’autre sans forcément savoir où tu vas, mais que la société décide certaines choses pour toi, et que c’est comme ça.

J’ai grandi avec des femmes qui faisaient extrêmement attention à elles, chose que je fais encore aujourd’hui. Mais en grandissant, tu comprends certaines choses. Tu apprends que se refermer sur soi n’est pas le bon moyen, qu’il y a beaucoup plus à apprendre, à faire, à partager, à vivre si enfin tu oses ouvrir ta bouche, savoir dire oui ou dire non plus souvent.

 

Aujourd’hui, je suis une fille de 23 ans qui n’a plus peur. Qui a certes des doutes, mais qui avance d’un pas assuré vers ce qu’elle veut. Elle ne sait pas forcément ce qu’elle veut, mais elle sait au moins ce qu’elle ne veut pas.
Elle a compris que les hommes, même ceux qui lui disent dans la rue qu’elle est « bonne » ne sont pas l’ennemi; que les autres filles ne le sont pas non plus. Que c’est juste la petite voix misogyne, sexiste, dans leur tête, qui est l’ennemi. Parce qu’elle est inacceptable.

J’ai envie de pouvoir me maquiller autant que je veux sans avoir de réflexion, ou de ne pas me maquiller et de ne pas en avoir non plus. Que mon copain ne s’insurge pas si mes jambes ne sont pas épilées. Je veux pouvoir me balader en jupe dans la rue à n’importe quelle heure de la journée, et ne pas avoir de réflexion. Si je sors avec une fille, qu’il n’y ait aucune différence avec « si c’était un garçon »; et si mon pote sort avec un garçon, qu’il n’en soit pas inquiété pour autant. Pouvoir rentrer après la tombée de la nuit dans devoir téléphoner à un/une pote dans la rue parce que je ne me sens pas en sécurité. Je veux que les hommes arrêtent de prendre un air supérieur, lorsque je suis énervée, qu’ils arrêtent de dire « elle doit avoir ses règles ».
Je veux être complètement à l’aise avec mon corps, et je veux que les autres femmes le soient aussi (si t’as envie de manger ce gâteau, mange le bon sang! Tu seras très bien avec deux kilos en moins ou deux kilos en plus!). Si je ne cherche pas de dieu du stade, parce que je considère qu’il y a plus important que ça dans une relation, ne cherche pas non plus à tomber sur un ange de Victoria Secret.
Parce que je suis autant capable qu’un homme, et qu’il me semble devoir faire deux fois plus d’efforts  pour arriver au même point. Parce que je ne supporte pas, lorsque je parle à un homme plus âgé, qu’il ne me tienne pas en considération parce que je suis « jeune » et parce que je suis une « femme ». C’est simplement dégeulasse.
Je refuse d’être catégorisée en tant que « mignonne » ou « sexy » ou « mystérieuse » ou « chiante ». Parce que ça ne suffit pas à décrire une femme. On est pas compliquées, on a plusieurs facettes. Comme tout le monde.

Aujourd’hui, j’ai appris que se serrer les coudes est la meilleure des options. Avec ma famille, avec mes amis, avec moi-même. Savoir que, quoi qu’il se passe, tu en es capable, même si tu es persuadé(e) du contraire.
Il t’es déjà arrivé, à un moment précis (tu l’as en tête là?) d’avoir l’impression que le temps s’arrête, et tu te demandes « Qu’est ce que je vais faire maintenant? » ? Tu ne sais pas comment tu vas pouvoir te lever ce matin? La mauvaise nouvelle, c’est que ça va pas être facile. La bonne, c’est que tu en es capable.

 

J’ai appris que la distance n’est rien. Que les amis, les vrais, ne se comptent pas en nombre de bières à la semaine au bar du coin, mais sont ceux à qui tu parles une fois tous les six mois, et avec qui rien ne change. A l’autre bout du monde, au bout de la rue, ça ne veut rien dire. Que la famille que je ne vois que tous les deux mois, ou certains moins d’une fois par an, peut toujours compter sur moi. Et que eux savent, que même si je suis un loup solitaire, ils sont ma meute.

J’ai 23 ans, et comme tous les jeunes de mon âge, ou plus vieux, j’ai des rêves que je ne lâcherai pour rien au monde. Qu’il y aura des obstacles, mais que je ne lâcherai rien, quitte à tout devoir plaquer. Parce que ma génération à la bougeotte, qu’il s’agisse d’une entreprise ou d’un voyage.
Nous avons des valeurs, nous avons un fort caractère mais un besoin irrépressible d’être rassurés. Notre reconnaissance, notre fidélité à l’entreprise se solidifiera à condition que votre engagement soit à la mesure du notre, que nos responsabilités dépassent le stade « café ».
Faites-nous confiance. Nous vous faisons peur parce que nous sommes différents, et c’est tout à fait normal. Comme vous avez fait peur à la génération d’avant vous. Nous sommes fonceurs, entrepreneurs, nous avons le feu de la jeunesse en nous, et nombre d’échecs et de réussites devant nous.

 

Si nous sommes changeants, c’est que le monde change avec nous. C’est que nous ne savons pas exactement comment tu, comment nous allons réussir, mais nous essayons. Vous êtes passés par là aussi.

Une fille aujourd’hui, c’est ça. Alors soit, j’ai des envies qui sont celles de tous, hommes ou femmes, jeunes ou moins jeunes. Et pourtant, c’est si difficile de s’entendre, de se parler et de se comprendre les uns les autres. A cause de la société, des a priori ? Je pense qu’il s’agit juste d’un manque de communication.

C’est pour cela que, à la suite de cet article, j’en ferai d’autres, d’autres femmes ou hommes. C’est quoi une femme de cinquante ans, une femme de soixante-dix ans? Et les hommes là-dedans?

Et toi, lectrice de 20-et des années… Tu es comment aujourd’hui, qu’est ce que tu veux?

Rosalie

wolf

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