Rêvelise Rohart, photographe du sens(ible)

Portait de Rêvelise : Mathieu Fortrie

Quand on pense photographie érotique… On peut avoir la fausse image de photographies pornographiques, de sexes en premier plan, de rapports sans émotions, de course à la consommation du plaisir, de relations hommes-femmes/femmes-femmes/hommes-hommes stéréotypées où l’homme est un grand viril sauvage (voire violent) et la femme une créature fragile, soumise aux désirs de son partenaire.

Changez d’idée. Je ne serais pas en train d’écrire cet article s’il s’agissait de ce genre de photographie.

unnamed copie

Morgane au mur Proceram

Rêvelise, du haut de ses 23 ans, est photographe. Photographe érotique. Comment est-ce que ce petit bout de femme, aux traits si doux, a pu se dire un jour vouloir en faire son métier? Ce n’est certainement pas habituel.
Je la connais depuis à peu près deux ans, et ce qu’on remarque tout d’abord chez elle, c’est sa force. Sa douceur, sa sensibilité, une femme qui sait ce qu’elle veut, où elle va, et comment elle va y aller. En tant que filles, on a souvent peu de modèles féminins forts, parce qu’on ne les voit pas, où parce que les femmes nous environnants n’osent pas s’affirmer. Rêvelise est un des modèles féminins de ma génération, et j’espère celui de la génération suivante en ce qui est d’avoir des convictions et de rester attaché(e) à ce qui nous fait vibrer.

Son style, comme un tableau minimaliste : d’apparence simple et pourtant très complexe. Tu as le sentiment, quand tu la vois, qu’il y a beaucoup de choses derrière ces yeux bleus. Comme son histoire.

unnamed

Alshams walqamar

Cette passion pour la photographie remonte à sa jeune enfance, lorsque avec son premier appareil photo (on parle là d’un appareil numérique à 2 mega pixels), elles s’amuse à prendre son quotidien : un chien, des photos  d’amis, de fleurs… Sans vraiment y mettre de sens, mais du cœur à l’ouvrage. L’adolescente qu’elle est à ce moment là se prend au jeu, avec son nouvel appareil photo, son portable. Sur son chemin, elle rencontre celui qui sera son mentor : un professeur, qui devient vite un ami, qui lui prête son reflex, qui l’éduque à l’art, ouvre ses horizons. Un éveil qui la forge, la fait devenir artiste. C’est à ce moment qu’elle comprend que photographe, ce sera son métier.

Dès lors, elle commence à photographier ses amis. Des portraits, des gueules, et à chaque fois, la patte bien distincte de l’artiste.
Et puis un jour, un couple de jeunes parents lui demande une session avec leur nouveau-né, ce qu’elle accepte. Mais le couple annule au dernier moment. Déçue, elle appelle sa voisine pour lui proposer une session photo.

« Elle était essoufflée au téléphone, comme si elle venait de monter des escaliers en courant. Pour plaisanter, je lui ai demandé si elle était en train de faire l’amour avec son mec, et elle m’a répondu que oui. Sans aucune gêne, sans aucun malaise, j’ai proposé qu’elle passe chez moi pour les prendre en photo, ce qu’elle a accepté. »

Ce que Rêvelise photographie? Des fragments d’amour : des regards intenses, des corps imparfaitement beaux, une essence bien particulière, une connexion entre deux êtres. Les corps ne sont pas nus que par le manque de vêtements, c’est bien plus intime que cela : la nudité, c’est celle d’une âme qui se met à nu face à une autre. Retrouver foi en l’amour en un cliché, avoir une image plus claire de ce qu’est l’amour sous ses différentes formes, et c’est un pari réussi.

unnamed3unnamed2

Le phare

« Il y a une confiance entre le(s) sujet(s) et moi que je ne peux pas briser. Ils m’invitent chez eux, sur leur territoire, et une fois que la séance photo commence, je me fais la plus petite possible. Hors de question de leur parler, de leur demander de se mettre dans telle ou telle position, je capture ce que je vois, rien n’est écrit à l’avance, il n’y a pas de scénario. »

Très sensible, elle cherche avant tout à faire passer les émotions qu’elle perçoit. Cela se ressent dans ses photos: on s’y retrouve sans effort, on admire la beauté des corps, et là est la vraie différence entre ses photos et du porno. L’acte physique n’est pas ce qui est mis en avant, mais le moment partagé est clef. On sent à travers ses photos, la tension qu’il y a entre les deux êtres, la curiosité que la photographe a sur ses sujets.

unnamed4

Nouveau-né

Sa passion, pour l’instant, reste un rêve à moitié réalisé. C’est difficile de trouver des clients qui ont suffisamment d’audace et de confiance pour se faire prendre en photo dans ces conditions, puis, de se faire un réseau, parce que la confiance à créer n’est pas des moindres. Mais elle ne désespère pas. Les retours de ses clients l’encouragent à persévérer. Des détails qu’eux-mêmes n’ont pas vu sur le moment, une confiance en soi et sur son corps (nombreux sont ceux qui ont vécu cette expérience en tant qu’acceptation de leur corps -et se sont trouvés beaux), et l’émotion de redécouvrir leur amour sous un nouveau jour.

Ce que je retiens de notre interview? Beaucoup de curiosité de ma part parce que complètement étrangère à ce milieu (pour le coup, cela m’a fait sortir de ma zone de confort !), de l’admiration en masse pour une femme passionnée, et une session thé-petits gâteaux qui a duré bien plus longtemps que prévu, passant à toute vitesse. Merci beaucoup pour cette dose d’empowerment, de sensibilité et de douceur !

Vous pouvez retrouver le travail de Rêvelise sur ses réseaux sociaux:
Blog : www.reveliserohart.com
Instagram : @reveliserroar
Facebook : Rêvelise Rohart
Behance: revelise_rb5c6

Laura Rosaye

EnregistrerEnregistrer

Publicités

Laura, 23 ans.

J’ai 23 ans. Je fais partie de la Génération Y, à sa fin, ou bien au tout début de la Génération Z. Une génération digital native, tout le temps connectée, qui ne vit -soit disant- ses relations que via des applications, qui est socialement déconnectée; qui est flemmarde et absolument contre les valeurs traditionnelles, de l’entreprise également.

 

Je suis née fille, devenue femme, une parmi d’autres et pourtant aussi complètement différente. Je partage avec celles qui pourraient être mes soeurs, des éclats de rire, des éclats de colère. Des clichés et des incompréhensions. Ce que j’écris ici peut s’appliquer à toutes comme à aucune.

Je suis une fille de 23 ans, qui a vécu avec une mère célibataire, célibattante pour sûr. Sans modèle masculin présent au quotidien, ne serait-ce mon grand-père. Tous des modèles ou anti-modèles pour moi, qui me font dire aujourd’hui que j’ai une petite idée de ce que je veux, et de ce que je ne veux pas dans ma vie. Dans une famille où les femmes sont fortes, savent ce qu’elles veulent et élèvent la voix pour l’avoir, pas pour le demander.
J’ai grandi en jouant aux barbies, avec mes peluches, seule dans ma chambre, sans pourtant jamais m’ennuyer. En écrivant aussi, dès que j’ai su, en m’inventant des histoires et en les racontant parfois. J’ai appris que la solitude n’est pas à bannir, qu’elle peut être au contraire une force. Et que cette force me permet aujourd’hui de préférer rester seule que mal accompagnée. Que ma meilleure amie, c’était moi. Que dans tous les cas, ma deuxième meilleure amie, c’était ma maman. Parce que le sang est en effet plus épais que l’eau. Ou la bière.

J’ai grandi en réalisant qu’avec les autres filles, c’est la guerre. Qu’il y a une compétition incroyable à « qui sera la plus belle », « qui sera la plus gentille ». Rarement, ce fut « qui sera la plus intelligente ». Dès mes quatre ans, même si ma mère était pressée en m’amenant chez la nourrice, je pouvais lui dire « mais maman, je ne peux pas mettre ces chaussures là, ça ne va pas avec ma robe ». Le soin à l’apparence poussé à l’extrême, et ce dès les premières années.
Une adolescence difficile aussi, où il fallait être la plus parfaite possible : paraître comme l’amie, la fille idéale. A se forger lentement une jolie carapace, au dessus d’un corps très mince et une peau parfaite. Les bonnes notes, forcément, ça c’est pour que la famille soit fière de moi, parce que c’est normal d’avoir de bonnes notes, et parce que je ne veux pas non plus décevoir mes professeurs.

J’ai grandi en apprenant à me barricader, à ne demander aucune aide extérieure, et encore aujourd’hui j’ai du mal à parler. Tu apprends à te barricader contre les reproches, les déceptions amicales, les premiers mots blessants dans la rue de la part des garçons. Tu comprends qu’il faut serrer les dents, que tu dois mettre un pied devant l’autre sans forcément savoir où tu vas, mais que la société décide certaines choses pour toi, et que c’est comme ça.

J’ai grandi avec des femmes qui faisaient extrêmement attention à elles, chose que je fais encore aujourd’hui. Mais en grandissant, tu comprends certaines choses. Tu apprends que se refermer sur soi n’est pas le bon moyen, qu’il y a beaucoup plus à apprendre, à faire, à partager, à vivre si enfin tu oses ouvrir ta bouche, savoir dire oui ou dire non plus souvent.

 

Aujourd’hui, je suis une fille de 23 ans qui n’a plus peur. Qui a certes des doutes, mais qui avance d’un pas assuré vers ce qu’elle veut. Elle ne sait pas forcément ce qu’elle veut, mais elle sait au moins ce qu’elle ne veut pas.
Elle a compris que les hommes, même ceux qui lui disent dans la rue qu’elle est « bonne » ne sont pas l’ennemi; que les autres filles ne le sont pas non plus. Que c’est juste la petite voix misogyne, sexiste, dans leur tête, qui est l’ennemi. Parce qu’elle est inacceptable.

J’ai envie de pouvoir me maquiller autant que je veux sans avoir de réflexion, ou de ne pas me maquiller et de ne pas en avoir non plus. Que mon copain ne s’insurge pas si mes jambes ne sont pas épilées. Je veux pouvoir me balader en jupe dans la rue à n’importe quelle heure de la journée, et ne pas avoir de réflexion. Si je sors avec une fille, qu’il n’y ait aucune différence avec « si c’était un garçon »; et si mon pote sort avec un garçon, qu’il n’en soit pas inquiété pour autant. Pouvoir rentrer après la tombée de la nuit dans devoir téléphoner à un/une pote dans la rue parce que je ne me sens pas en sécurité. Je veux que les hommes arrêtent de prendre un air supérieur, lorsque je suis énervée, qu’ils arrêtent de dire « elle doit avoir ses règles ».
Je veux être complètement à l’aise avec mon corps, et je veux que les autres femmes le soient aussi (si t’as envie de manger ce gâteau, mange le bon sang! Tu seras très bien avec deux kilos en moins ou deux kilos en plus!). Si je ne cherche pas de dieu du stade, parce que je considère qu’il y a plus important que ça dans une relation, ne cherche pas non plus à tomber sur un ange de Victoria Secret.
Parce que je suis autant capable qu’un homme, et qu’il me semble devoir faire deux fois plus d’efforts  pour arriver au même point. Parce que je ne supporte pas, lorsque je parle à un homme plus âgé, qu’il ne me tienne pas en considération parce que je suis « jeune » et parce que je suis une « femme ». C’est simplement dégeulasse.
Je refuse d’être catégorisée en tant que « mignonne » ou « sexy » ou « mystérieuse » ou « chiante ». Parce que ça ne suffit pas à décrire une femme. On est pas compliquées, on a plusieurs facettes. Comme tout le monde.

Aujourd’hui, j’ai appris que se serrer les coudes est la meilleure des options. Avec ma famille, avec mes amis, avec moi-même. Savoir que, quoi qu’il se passe, tu en es capable, même si tu es persuadé(e) du contraire.
Il t’es déjà arrivé, à un moment précis (tu l’as en tête là?) d’avoir l’impression que le temps s’arrête, et tu te demandes « Qu’est ce que je vais faire maintenant? » ? Tu ne sais pas comment tu vas pouvoir te lever ce matin? La mauvaise nouvelle, c’est que ça va pas être facile. La bonne, c’est que tu en es capable.

 

J’ai appris que la distance n’est rien. Que les amis, les vrais, ne se comptent pas en nombre de bières à la semaine au bar du coin, mais sont ceux à qui tu parles une fois tous les six mois, et avec qui rien ne change. A l’autre bout du monde, au bout de la rue, ça ne veut rien dire. Que la famille que je ne vois que tous les deux mois, ou certains moins d’une fois par an, peut toujours compter sur moi. Et que eux savent, que même si je suis un loup solitaire, ils sont ma meute.

J’ai 23 ans, et comme tous les jeunes de mon âge, ou plus vieux, j’ai des rêves que je ne lâcherai pour rien au monde. Qu’il y aura des obstacles, mais que je ne lâcherai rien, quitte à tout devoir plaquer. Parce que ma génération à la bougeotte, qu’il s’agisse d’une entreprise ou d’un voyage.
Nous avons des valeurs, nous avons un fort caractère mais un besoin irrépressible d’être rassurés. Notre reconnaissance, notre fidélité à l’entreprise se solidifiera à condition que votre engagement soit à la mesure du notre, que nos responsabilités dépassent le stade « café ».
Faites-nous confiance. Nous vous faisons peur parce que nous sommes différents, et c’est tout à fait normal. Comme vous avez fait peur à la génération d’avant vous. Nous sommes fonceurs, entrepreneurs, nous avons le feu de la jeunesse en nous, et nombre d’échecs et de réussites devant nous.

 

Si nous sommes changeants, c’est que le monde change avec nous. C’est que nous ne savons pas exactement comment tu, comment nous allons réussir, mais nous essayons. Vous êtes passés par là aussi.

Une fille aujourd’hui, c’est ça. Alors soit, j’ai des envies qui sont celles de tous, hommes ou femmes, jeunes ou moins jeunes. Et pourtant, c’est si difficile de s’entendre, de se parler et de se comprendre les uns les autres. A cause de la société, des a priori ? Je pense qu’il s’agit juste d’un manque de communication.

C’est pour cela que, à la suite de cet article, j’en ferai d’autres, d’autres femmes ou hommes. C’est quoi une femme de cinquante ans, une femme de soixante-dix ans? Et les hommes là-dedans?

Et toi, lectrice de 20-et des années… Tu es comment aujourd’hui, qu’est ce que tu veux?

Rosalie

wolf

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

Paranoid Waves, le groupe qui fait des vagues!

« Arnaud lance du fromage!
Mathieu est un enfant!
Arnaud est une daube d’aller à Paris!
Romain ressemble à Shia Labeouf. »

Y’a des groupes avec lesquels tu te poses, comme si t’allais boire une verre avec des potes. Paranoid Waves? C’est tout pareil. De la bière, du saucisson et des copains.

Lille, Belgique, Londres… On les retrouve partout, toujours avec la même bonne humeur contagieuse et leur énergie sans fin. Avec plus d’une centaines de concerts à leur actif, les Paranoid Waves -anciennement Diggers Clones– font confiance au hasard pour trouver un nom de groupe (à chacun sa signification), et vont où le vent les porte. L’appropriation? Leur credo. « L’homme s’adapte ».

IMG_3077

On y retrouve de bonnes références pop-rock, comme Oasis, Artic Monkeys, Band of Skulls… Leurs EP, Material Lights (enregistré dans la cave du guitariste) en 2014, puis How was your day début 2017, annoncent la couleur. Un dernier album humain, à écouter dans l’ordre pour profiter d’une séance de psy gratuite. Des premiers morceaux anxiogènes (on sait que tu passes une mauvaise journée), pour s’améliorer jusqu’à rayonner avec Larger than life. On y retrouve une centaine de nuances, une accessibilité propre au groupe, qui évite toute morale à deux balles.

La petite bande a des tempéraments très différents, ce qui participe à la diversité de leurs compositions. Un travail de groupe, qui représente bien leur esprit. Une vraie bromance.
On retrouve Arnaud, à la batterie, aussi salé et rare que la Mer Morte. Romain, à la guitare, ou le calme, la grandeur de l’Ocean Pacifique. Mathieu, le styliste et chanteur du groupe, en tant que l’Atlantique : parce qu’il est plutôt fier d’avoir fait couler le Titanic et aimerait si possible faire couler des pétroliers. Et Etienne, le bassiste, plutôt « tendre », « champêtre » et « filamenteux ».

IMG_3079.JPG

Un groupe rock comme on les aime, parés pour les 400 coups. « Le nombre de baguettes perdues? Le cimetière du Père Lachaise serait rempli… ». Don’t care, won’t care. Fendre une cymbale prêtée, un accident de voiture juste avant de jouer, devoir faire bouger des drogués à Lomme pour filmer le clip (au final, le rendu est plutôt sympa, je vous laisse vérifier). Le groupe a également un sacré problème de Karma, entre récompenses et châtiments, entre scènes qui déchirent, un public de trois personnes ou encore trois vols en moins de cinq ans.

Allez, on se retrouve bientôt sur un rooftop!
(Et sinon, sur les liens ci-dessous, et au festival de Valenciennes le 15/08.

Bandcamp
Facebook

Rosalie

wolf